Couloir aérien supplémentaire pour desservir l’aéroport Cannes- Mandelieu : Combattre les fausses alternatives

Note envoyée par M Paul Monmaur à partager et  faire lire par l’ensemble des personnes concernées par le sujet !

L’aéroport international de Cannes-Mandelieu qui accueille une aviation légère majoritairement privée se trouve placé sous les feux de la rampe.

Les villes côtières qui sont situées dans le couloir aérien d’approche, notamment Cannes, Mougins, Le Cannet et Mandelieu sont fortement impactées, quoiqu’à des degrés divers, par les nuisances sonores et polluantes résultant de l’activité aéroportuaire. Excédés, les riverains ne cessent de demander en toute légitimité une forte réduction de ces nocivités.

D’un autre côté, attirer toujours plus de clients fortunés, voire ultra riches, dont beaucoup se déplacent en jets privés est la priorité de la politique marchande du littoral azuréen.

Comment concilier ces apparentes contradictions ?

Un territoire et sa population pris en otage

Les têtes pensantes se sont mises à chauffer et ont accouché d’un projet qui ne tient aucun compte du haut et du moyen pays ni de l’empreinte carbone : créer un deuxième couloir d’approche de l’aéroport qui passe, à l’Ouest, chez les chers voisins du Var et ceux du moyen pays grassois ! En basse saison, il permettra de délester le couloir existant, ce qui soulagera, transitoirement, ses riverains exaspérés. En haute saison et lors des manifestations saisonnières lucratives et/ou festives (festivals, grands prix, plaisance, régates, etc.) il permettra un accroissement massif du trafic aérien transportant la riche clientèle attendue sur le littoral.

On lui colle plusieurs labels comme, par exemple « projet d’une trajectoire de délestage NordOuest » ou encore « trajectoire de partage » ou quelque chose d’approchant. Une terminologie un brin verdie, vertueuse même, fraternelle quoi. C’est plus vendeur !

Ce projet est activement soutenu par une association riveraine et par des élus locaux dont Monsieur le maire de Cannes qui est sans aucun doute l’appui le plus déterminé.

L’étude de faisabilité est effectuée par la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC), sous le haut patronage de Madame la Sous-préfète de Grasse. Les tests sont en cours. L’affaire est sur les rails.

Evidemment, c’est ne faire aucun cas du sort des populations du pays grassois nouvellement impactées. Mais n’est-ce pas un territoire « reculé », politiquement docile que l’on peut facilement prendre en otage d’autant que les conditions du moment sont favorables aux coups de force permettant d’imposer des mesures impopulaires, y compris les plus iniques : population tétanisée par une pandémie virale mortifère, angoissée par un avenir obscur, essorée, interdite de réunion et de manifestation ? L’air contrit et la main sur le cœur, les soutiens du projet déclarent que c’est un mal pour un bien.

Un projet fermement contesté et des dommages irréversibles

Sans surprise, les habitants du moyen pays grassois (Peymeinade, Auribeau/Siagne, Pégomas,

La Roquette/Siagne, Mouans-Sartoux, Le Tanneron, Les Adrets de l’Esterel, Spéracèdes, Le Tignet) qui sont placés sous la nouvelle trajectoire  protestent  énergiquement  contre ce projet porteur de pollutions et de nuisances sonores importantes et durables qui vont déprécier leurs biens, délabrer leur cadre de vie, altérer leur santé, mais aussi impacter le collège de Canteperdrix et l’Hôpital de Grasse qui sont des institutions fondamentales de la société civile locale… Ces dommages collatéraux et pour certains irréversibles sont pointés, évalués, analysés et commentés sur le site de l’Association Citoyenne de Défense du Calme – Azur (ACDC-AZUR) que le lecteur est invité à consulter. En un mot, les nocivités potentielles de ce projet de couloir aérien seraient tout à la fois lourdes, pérennes, injustes et évitables. Leur matérialisation est donc inacceptable !

Comme nombre de citoyens, les municipalités du moyen pays grassois menacées par ce projet sont convaincues de ses méfaits. C’est pourquoi, elles s’y opposent, dans un quasi front commun. A cela s’ajoutent des voix de personnalités du littoral qui s’élèvent aujourd’hui pour soutenir le front du refus, révélant ainsi une évolution dans les réflexions et les postures.

Pour autant, la bataille n’est pas gagnée face aux puissants groupes d’intérêts financiers et commerçants du littoral azuréen qui ont l’oreille bienveillante et zélée de la haute fonction publique et celle d’élus obligés.

Un bien commun illusoire et des retombées socio-économiques modestes

Mais comment osent-ils ces gens du moyen pays grassois ? Des égoïstes, des sans-cœur ! La création de cette nouvelle trajectoire ne sert-elle pas la bonne cause ? C’est-à-dire « le BIEN COMMUN » comme s’en étranglent d’ardents défenseurs du projet ?

Parlons-en. L’aéroport de Cannes-Mandelieu est l’une des principales portes d’entrée d’une clientèle fortunée, pour la plupart en visites récréatives dans la mégalopole azuréenne de la villégiature, du jeu, du luxe et du loisir. Cette population privilégiée fréquente palaces, casinos et autres établissements de luxe et/ou de prestige dont les recettes profitent préférentiellement au cercle restreint des affairistes et des professionnels de la haute finance.

Même si une minorité de résidents permanents peut profiter de cette activité, son apport à l’économie locale du pays grassois est limité, quoi qu’en disent les tenants de l’utopique théorie économique du ruissellement. En effet, si des flots d’argent affluent effectivement vers le clinquant littoral et y forment de solides rentes, ils ont bien du mal, à l’image de l’eau des fleuves, à remonter les pentes vers l’arrière-pays autrement que sous la forme d’emplois de service, certes précieux et recherchés, mais souvent précaires et/ou faiblement rémunérés… Et si, de surcroit, on prend en compte les financements – au moyen de l’impôt – des aménagements publics réalisés par la collectivité pour attirer cette clientèle et lui assurer bien-être, jouissance et confort, et si on ajoute à cela la destruction inévitable de sites naturels et l’artificialisation des sols, l’apport de tous ces flux aériens à l’économie locale pourrait bien se révéler nul, voire négatif.

Des choix d’habitats qui doivent être assumés et respectés

L’aéroport de Cannes-Mandelieu existe depuis les années trente. Le nombre de mouvements d’appareils a connu depuis lors des variations annuelles importantes dont certaines ont largement dépassé le nombre de mouvements comptabilisés aujourd’hui. En toute connaissance de cause, des citoyens ont fait le choix de résider à proximité du front de mer sur la base de ses avantages très convoités mais aussi, évidemment, de ses inconvénients notables bien connus.

D’autres ont fait une démarche inverse. Ils ont opté pour un habitat situé en retrait du littoral bien conscients qu’ils renonçaient aux jouissances immédiates du front de mer et qu’ils acceptaient les nombreuses contraintes imposées par l’éloignement. Mais, en contrepartie, ils accédaient à une qualité de vie exceptionnelle qu’offrent de nombreux villages du pourtour méditerranéen, ce patrimoine régional singulier qu’ils ont parfois sauvé,  souvent restauré et systématiquement irrigué et dynamisé économiquement, socialement et culturellement. Ils y sont organiquement attachés. Il s’agit là d’une qualité de vie et d’une richesse patrimoniale qui ne sauraient être sacrifiées sur l’autel d’une idéologie comptable d’une poignée de privilégiés qui font fi de toute humanité.

Un projet à l’opposé des impératifs climatiques

La planète est confrontée à un vaste, profond et rapide bouleversement climatique dû à la concentration atmosphérique de carbone fossile induit par l’activité humaine et notamment par les moteurs thermiques. Les conséquences environnementales sont dévastatrices et restent une menace existentielle.

Dans ce contexte et compte tenu de ce qui précède, des mesures fortes s’imposent et ce, dans l’urgence. L’utilisation des très polluants jets privés (mesurée au km passager transporté) à empreinte écologique élevée n’est plus de mise et appartient à l’histoire passée. Il est urgent d’opter pour des transports écologiques et d’adopter des comportements environnementaux vertueux. Ces impératifs vont naturellement à l’encontre du projet de création d’un nouveau couloir aérien Nord-Ouest et du développement du transport particulier par jets privés.

Santé et qualité de vie au cœur de nécessaires mobilisations

Sur la base de ces observations et de celles consignées dans le site acdc-pg.fr, une mobilisation forte et déterminée de la population s’impose autour de ces enjeux sociétaux majeurs. Plusieurs plans d’actions sont possibles. Le plus simple peut se décliner comme suit. D’abord, s’informer, signer et appeler à signer massivement la pétition « Non au projet de nouvelle route aérienne Nord-Ouest sur l’aéroport de Cannes-Mandelieu » mise en ligne sur acdc-pg.fr. Ensuite, faire connaître du grand public, au-delà même des gens directement impactés, par flyers, tracts et articles, l’existence de ce projet ravageur pour le haut et moyen pays, que sont le développement des vols en jets privés et la création du couloir aérien Nord-Ouest inhérent. Enfin, envoyer des signaux « forts » aux élus, notamment à Madame la Députée de la 9e circonscription des Alpes-Maritimes, afin qu’ils mettent un coup d’arrêt aux politiques d’aménagement du territoire dévastatrices pour l’environnement, le climat, la santé, bref la qualité de vie.

 Tenir les habitants du bassin cannois collectivement responsables du projet de création du couloir aérien nord-ouest, simplement parce qu’ils habitent dans cette région, serait une posture injuste et clivante. Un lien de solidarité et de progrès doit donc être tissé entre les habitants du bassin cannois qui subissent ou non des nuisances aéroportuaires insupportables, et ceux du moyen pays grassois qui en sont injustement menacés. Ce lien doit les aider à construire, en liaison avec tous les acteurs publics et privés qui le souhaitent, une société au cœur de laquelle se trouvent prioritairement placés la justice, la préservation de l’environnement, la qualité de vie et la santé de tous au sein de notre belle région.

Nous nous réservons donc le droit d’engager toute procédure pour sa défense et celle de nos intérêts légitimes.

Non aux fausses alternatives ! 

Grasse le 09 avril 2021.

Paul Monmaur, universitaire, retraité

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mazel
mazel
7 mois il y a

Bien dit !

Nath.D
Nath.D
7 mois il y a

Bravo pour cet article ou tout est dit.je suis moi même domicilié à côté de l’hôpital de Grasse;ai investi un vie de labeur pour finir une vie paisible dans la campagne d’Auribeau certes loin du bord de mer mais au calme(dire que je suis venu écouter avant d’acheter si il n’y avait pas trop de sirènes de pompiers!!!et les vols je les entends de loin pour l’instant ! !))alors oui je vous soutiens à mon niveau dans ce combat ,vous encourage et vous remercie.

Tronquart Marie Dominique
Tronquart Marie Dominique
5 mois il y a

Nos élus n’ont toujours pas compris que le monde change et que l’homme doit s’y adapter. Cet aéroport de Mandelieu avec ces jets privés est l’exacte illustration de ce qu’il ne faut plus envisager pour l’économie durable et progressiste.
Les citoyens méritent plus de respect et les décideurs doivent inéluctablement changer de paradigme.